FRCandide, ou l’OptimismeVoltaire

ФРАНЦУЗСКИЙ · 1759

Candide, ou l’Optimisme

Voltaire (1694–1778)

  • Сложность: Средняя
  • 33 579 слов
  • 30 глав
  • ≈ 3 ч чтения

Наивного Кандида выгоняют из замка, и он объезжает полмира, всё ещё веря учителю, что «всё к лучшему в этом лучшем из миров». Философская повесть Вольтера — острая, смешная и до сих пор актуальная. Тридцать коротких глав написаны ясным и точным французским языком.

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  1. Chapitre I · Comment Candide fut élevé dans un beau château, et comment il fut chassé…
  2. Chapitre II · Ce que devint Candide parmi les Bulgares
  3. Chapitre III · Comment Candide se sauva d’entre les Bulgares, et ce qu’il devint
  4. Chapitre IV · Comment Candide rencontra son ancien maître de philosophie, le docteur…
  5. Chapitre V · Tempête, naufrage, tremblement de terre, et ce qui advint du docteur…
  6. Chapitre VI · Comment on fit un bel auto-da-fé pour empêcher les tremblements de terre, et…
  7. Chapitre VII · Comment une vieille prit soin de Candide, et comment il retrouva ce qu’il…
  8. Chapitre VIII · Histoire de Cunégonde
  9. Chapitre IX · Ce qui advint de Cunégonde, de Candide, du grand-inquisiteur, et d’un Juif
  10. Chapitre X · Dans quelle détresse Candide, Cunégonde, et la vieille, arrivent à Cadix, et…
  11. Chapitre XI · Histoire de la vieille
  12. Chapitre XII · Suite des malheurs de la vieille
  13. Chapitre XIII · Comment Candide fut obligé de se séparer de la belle Cunégonde et de la…
  14. Chapitre XIV · Comment Candide et Cacambo furent reçus chez les jésuites du Paraguai
  15. Chapitre XV · Comment Candide tua le frère de sa chère Cunégonde
  16. Chapitre XVI · Ce qui advint aux deux voyageurs avec deux filles, deux singes, et les…
  17. Chapitre XVII · Arrivée de Candide et de son valet au pays d’Eldorado, et ce qu’ils y…
  18. Chapitre XVIII · Ce qu’ils virent dans le pays d’Eldorado[1]
  19. Chapitre XIX · Ce qui leur arriva à Surinam, et comment Candide fit connaissance avec…
  20. Chapitre XX · Ce qui arriva sur mer à Candide et à Martin
  21. Chapitre XXI · Candide et Martin approchent des côtes de France, et raisonnent
  22. Chapitre xxii[1] · Ce qui arriva en France à Candide et à Martin
  23. Chapitre XXIII · Candide et Martin vont sur les côtes d’Angleterre; ce qu’ils y voient
  24. Chapitre XXIV · De Paquette, et de frère Giroflée
  25. Chapitre XXV · Visite chez le seigneur Pococurante, noble vénitien
  26. Chapitre XXVI · D’un souper que Candide et Martin firent avec six étrangers, et qui ils…
  27. Chapitre XXVII · Voyage de Candide à Constantinople
  28. Chapitre XXVIII · Ce qui arriva à Candide, à Cunégonde, à Pangloss, à Martin, etc
  29. Chapitre XXIX · Comment Candide retrouva Cunégonde et la vieille
  30. Chapitre XXX · Conclusion

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Chapitre I · Comment Candide fut élevé dans un beau château, et comment il fut chassé…

Il y avait en Vestphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les moeurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le jugement assez droit, avec l’esprit le plus simple; c’est, je crois, pour cette raison qu’on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison soupçonnaient qu’il était fils de la soeur de monsieur le baron et d’un bon et honnête gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais épouser parce qu’il n’avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l’injure du temps.

Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres. Sa grande salle même était ornée d’une tapisserie. Tous les chiens de ses basses-cours composaient une meute dans le besoin; ses palefreniers étaient ses piqueurs; le vicaire du village était son grand-aumônier. Ils l’appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il fesait des contes.

Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s’attirait par là une très grande considération, et fesait les honneurs de la maison avec une dignité qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse, appétissante. Le fils du baron paraissait en tout digne de son père. Le précepteur Pangloss était l’oracle de la maison, et le petit Candide écoutait ses leçons avec toute la bonne foi de son âge et de son caractère.

Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux, et madame la meilleure des baronnes possibles.

Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement; car tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes; aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées et pour en faire des châteaux; aussi monseigneur a un très beau château: le plus grand baron de la province doit être le mieux logé; et les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l’année: par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise; il fallait dire que tout est au mieux.

Candide écoutait attentivement, et croyait innocemment; car il trouvait mademoiselle Cunégonde extrêmement belle, quoiqu’il ne prît jamais la hardiesse de le lui dire. Il concluait qu’après le bonheur d’être né baron de Thunder-ten-tronckh, le second degré de bonheur était d’être mademoiselle Cunégonde; le troisième, de la voir tous les jours; et le quatrième, d’entendre maître Pangloss, le plus grand philosophe de la province, et par conséquent de toute la terre.

Un jour Cunégonde, en se promenant auprès du château, dans le petit bois qu’on appelait parc, vit entre des broussailles le docteur Pangloss qui donnait une leçon de physique expérimentale à la femme de chambre de sa mère, petite brune très jolie et très docile. Comme mademoiselle Cunégonde avait beaucoup de disposition pour les sciences, elle observa, sans souffler, les expériences réitérées dont elle fut témoin; elle vit clairement la raison suffisante du docteur, les effets et les causes, et s’en retourna tout agitée, toute pensive, toute remplie du désir d’être savante, songeant qu’elle pourrait bien être la raison suffisante du jeune Candide, qui pouvait aussi être la sienne.

Elle rencontra Candide en revenant au château, et rougit: Candide rougit aussi. Elle lui dit bonjour d’une voix entrecoupée; et Candide lui parla sans savoir ce qu’il disait. Le lendemain, après le dîner, comme on sortait de table, Cunégonde et Candide se trouvèrent derrière un paravent; Cunégonde laissa tomber son mouchoir, Candide le ramassa; elle lui prit innocemment la main; le jeune homme baisa innocemment la main de la jeune demoiselle avec une vivacité, une sensibilité, une grâce toute particulière; leurs bouches se rencontrèrent, leurs yeux s’enflammèrent, leurs genoux tremblèrent, leurs mains s’égarèrent. M. le baron de Thunder-ten-tronckh passa auprès du paravent, et voyant cette cause et cet effet, chassa Candide du château à grands coups de pied dans le derrière. Cunégonde s’évanouit: elle fut souffletée par madame la baronne dès qu’elle fut revenue à elle-même; et tout fut consterné dans le plus beau et le plus agréable des châteaux possibles.

Chapitre II · Ce que devint Candide parmi les Bulgares

Candide, chassé du paradis terrestre, marcha longtemps sans savoir où, pleurant, levant les yeux au ciel, les tournant souvent vers le plus beau des châteaux qui renfermait la plus belle des baronnettes; il se coucha sans souper au milieu des champs entre deux sillons; la neige tombait à gros flocons. Candide, tout transi, se traîna le lendemain vers la ville voisine, qui s’appelle Valdberghoff-trarbk-dikdorff, n’ayant point d’argent, mourant de faim et de lassitude. Il s’arrêta tristement à la porte d’un cabaret. Deux hommes habillés de bleu le remarquèrent: Camarade, dit l’un, voilà un jeune homme très bien fait, et qui a la taille requise; ils s’avancèrent vers Candide et le prièrent à dîner très civilement.—Messieurs, leur dit Candide avec une modestie charmante, vous me faites beaucoup d’honneur, mais je n’ai pas de quoi payer mon écot.—Ah! monsieur, lui dit un des bleus, les personnes de votre figure et de votre mérite ne paient jamais rien: n’avez-vous pas cinq pieds cinq pouces de haut?—Oui, messieurs, c’est ma taille, dit-il en fesant la révérence.—Ah! monsieur, mettez-vous à table; non seulement nous vous défraierons, mais nous ne souffrirons jamais qu’un homme comme vous manque d’argent; les hommes ne sont faits que pour se secourir les uns les autres.—Vous avez raison, dit Candide; c’est ce que M. Pangloss m’a toujours dit, et je vois bien que tout est au mieux. On le prie d’accepter quelques écus, il les prend et veut faire son billet; on n’en veut point, on se met à table. N’aimez-vous pas tendrement?….—Oh! oui, répond-il, j’aime tendrement mademoiselle Cunégonde.—Non, dit l’un de ces messieurs, nous vous demandons si vous n’aimez pas tendrement le roi des Bulgares?—Point du tout, dit-il, car je ne l’ai jamais vu.—Comment! c’est le plus charmant des rois, et il faut boire à sa santé.—Oh! très volontiers, messieurs. Et il boit. C’en est assez, lui dit-on, vous voilà l’appui, le soutien, le défenseur, le héros des Bulgares; votre fortune est faite, et votre gloire est assurée. On lui met sur-le-champ les fers aux pieds, et on le mène au régiment. On le fait tourner à droite, à gauche, hausser la baguette, remettre la baguette, coucher en joue, tirer, doubler le pas, et on lui donne trente coups de bâton; le lendemain, il fait l’exercice un peu moins mal, et il ne reçoit que vingt coups; le surlendemain, on ne lui en donne que dix, et il est regardé par ses camarades comme un prodige.

Candide, tout stupéfait, ne démêlait pas encore trop bien comment il était un héros. Il s’avisa un beau jour de printemps de s’aller promener, marchant tout droit devant lui, croyant que c’était un privilège de l’espèce humaine, comme de l’espèce animale, de se servir de ses jambes à son plaisir. Il n’eut pas fait deux lieues que voilà quatre autres héros de six pieds qui l’atteignent, qui le lient, qui le mènent dans un cachot. On lui demanda juridiquement ce qu’il aimait le mieux d’être fustigé trente-six fois par tout le régiment, ou de recevoir à-la-fois douze balles de plomb dans la cervelle. Il eut beau dire que les volontés sont libres, et qu’il ne voulait ni l’un ni l’autre, il fallut faire un choix; il se détermina, en vertu du don de Dieu qu’on nomme liberté, à passer trente-six fois par les baguettes; il essuya deux promenades. Le régiment était composé de deux mille hommes; cela lui composa quatre mille coups de baguette, qui, depuis la nuque du cou jusqu’au cul, lui découvrirent les muscles et les nerfs. Comme on allait procéder à la troisième course, Candide, n’en pouvant plus, demanda en grâce qu’on voulût bien avoir la bonté de lui casser la tête; il obtint cette faveur; on lui bande les yeux; on le fait mettre à genoux. Le roi des Bulgares passe dans ce moment, s’informe du crime du patient; et comme ce roi avait un grand génie, il comprit, par tout ce qu’il apprit de Candide, que c’était un jeune métaphysicien fort ignorant des choses de ce monde, et il lui accorda sa grâce avec une clémence qui sera louée dans tous les journaux et dans tous les siècles. Un brave chirurgien guérit Candide en trois semaines avec les émollients enseignés par Dioscoride. Il avait déjà un peu de peau et pouvait marcher, quand le roi des Bulgares livra bataille au roi des Abares.

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